Congrès 2017 de la Société Française d’Esthétique

19-20 mai 2017

L’art et ses représentations : concepts, théories, paradigmes

Reid Hall (Columbia University à Paris)

4, rue de Chevreuse – 75 006 Paris

Programme

Vendredi 19 mai 2017

Vendredi matin, 9:00

– Carole Talon-Hugon (Professeur de l’Université de Nice-Sophia Antipolis, membre de l’IUF, présidente de la SFE), Introduction

– Jacques Morizot (Professeur émérite de l’Université d’Aix-Marseille), « Comment la philosophie peut-elle communiquer avec la littérature et les arts ? »

– Maud Pouradier (Maître de conférences à l’Université de Caen), « Art mineur, modeste ou moyen ? »

Pause

Vendredi matin, 11:00

– Laetitia Marcucci (Docteur en philosophie, Université de Nice, Attachée Temporaire d’Enseignement et de Recherche à l’Université d’Aix-Marseille), « Jacques Restout et La Réforme de la peinture (1681) : de la définition du classicisme en peinture »

– Ronald Shusterman (Professeur à l’Université Jean Monnet – Saint-Étienne), « Privation ou Partage ? Remarques sur deux esthétiques actuelles »

– Roland Huesca (Professeur d’esthétique au département « Arts » de l’Université de Lorraine, site de Metz), « La vie des oeuvres : approche culturaliste de l’histoire et de l’esthétique »

Déjeuner

Vendredi après-midi, 14:30

– Nadège Goldstein (Professeur en CPGE au lycée Masséna de Nice), « L’art comme remède au blasement moderne : vers le paradigme de l’art comme sociologie et comme phénoménologie (à propos de Georg Simmel) »

– Paul Bernard-Nouraud (Docteur en histoire et théorie de l’art, EHESS, diplômé en Esthétique, Paris I, et en théorie du Théâtre, ULB, Bruxelles), « Contenance, consistance et teneur : retour sur trois futurs concepts de l’analyse esthétique »

– Ingrid Bonnal (Doctorante à l’EHESS – PARIS I), « ‘Imitar bene le cose naturali’ : une idée de l’art selon Caravage »

Pause

Vendredi après-midi, 16h30

– Alexandre Bies (Agrégé de philosophie et DCCE à l’Université de Nice Sophia Antipolis), « Par-delà l’art et l’artisanat : l’enjeu d’une redéfinition des ‘arts décoratifs’ »

– Ancuta Mortu (Docteure en Esthétique à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales), « Écrire l’histoire naturelle de l’art »

– Catherine Titeux (Maître de conférences à l’École nationale supérieure d’architecture de Montpellier), « Renaissance, modernité en architecture : deux versants d’un même paradigme ? »

Samedi 20 mai 2017

Samedi matin, 9:00

– Dominique Château (Professeur émérite de l’Université Paris 1-Sorbonne), « Les images de l’art. Modèle théorique et exemplification japonaise »

– Jean Robelin (Professeur émérite de l’Université de Nice-Sophia Antipolis), « Quelques remarques sur la naturalisation de l’art »

– Alexandre Gefen (Chargé de recherche au Centre d’Étude de la Langue et de la Littérature Française, CNRS-Université Paris 4), « La littérature est-elle un art ? »

Pause

Samedi matin, 11:00

– Anne Launois (ancienne élève de l’ENS Fontenay-Saint Cloud, professeur de Philosophie, chargée d’enseignement à l’Université de Nantes), « L’enseignement d’‘histoire des arts’ : quelle conception de l’œuvre pour quel rapport à l’art ? »

– David Romand (Docteur en épistémologie/histoire des sciences, agrégé de sciences de la vie et de la Terre, chercheur au laboratoire SPHERE, UMR 7219), « ‘Auto-illusion esthétique’ (ästhetische Selbsttaüschung) et ‘sentiment d’apparence’ (Scheingefühl) chez Konrad Lange (1855-1921) : aux origines allemandes de la dialectique arassienne de ‘l’iconique’ et du ‘pictural’ »

– Nicolas Nercam (Maître de conférences dans le département des Arts, UFR Humanités de l’Université Bordeaux Montaigne), « Discours postcolonial et théories des arts ; vers une esthétique ‘décentrée’ ? »

Déjeuner

Samedi après-midi, 14:30

– Cécile Mahiou (Docteure en esthétique et philosophie de l’art, agrégée de lettres modernes), « Les pratiques ‘non-art’ à l’épreuve de l’idée d’autonomie de l’art »

– Benjamin Riado (Certifié de philosophie et agrégé d’arts plastiques), « Une œuvre d’art conceptuel est-elle un objet théologique ? »

– Christophe Ippolito (Associate Professor et French Advisor au Georgia Institute of Technology, Atlanta), « La double valeur de l’art »

Pause

Samedi après-midi, 16:30

– Ioulia PODOROGA (Docteure en philosophie, chargée de recherche à l’Unité de russe de l’Université de Genève), « Pavel Filonov et l’avant-garde russe : méthode et pratiques de ‘l’art analytique’ »

– Thierry Cote (Doctorant de l’Université de Montréal), « Le nœud moderne : pourquoi distinguer des régimes d’identification de l’art ? »

– Carine Lemouneau (Doctorante en Histoire de l’art à l’Université Paris I), « Les conditions d’implantation et de légitimation du système des Beaux-Arts à Santiago du Chili entre 1850 et 1900 »

– Ondine Bréaud-Holland (Maître de conférence en théorie de l’art/philosophie esthétique à l’Ecole supérieure d’Arts plastiques de la ville de Monaco), « ‘Les Chemins de la vérité’ et ses 29 vidéos : l’idée (de l’art) de BHL et des artistes convoqués pour l’occasion »

Site de la Société Française d’Esthétique : http://www.s-f-e.org/

Pour tout renseignement, écrire à Carole.TALON-HUGON@unice.fr

 

ARGUMENTAIRE

English version below

L’ART ET SES REPRESENTATIONS : THÉORIES, CONCEPTS, PARADIGMES

Keynote speakers : Dominique Château, Alexandre Gefen, Maud Pouradier, Laetitia Marcucci, Jacques Morizot, Jean Robelin, Carole Talon-Hugon

Appréhender un objet comme une œuvre d’art suppose, sans qu’on en soit ordinairement conscient, une certaine idée de ce qu’est l’art. De manière générale, on ne perçoit qu’en mettant de l’ordre dans l’amas hétéroclite de nos sensations et en les catégorisant grâce à des concepts. Autrement dit, les mots grâce auxquels nous ordonnons le monde ne désignent pas tant des choses que des idées abstraites permettant cet ordonnancement. Cela vaut a fortiori pour les objets culturels ; ils ne sont jamais de purs donnés : entre l’objet sensible offert à nos sens et l’appréhension que nous en avons s’intercalent des médiations. Dans le cas particulier qui nous occupe, l’appréhension d’une chose comme une « œuvre d’art » suppose non seulement la mise en jeu de la catégorie mentale générale d’art, mais aussi de sous-catégories comme celles de « peinture », de « musique », de « sculpture » ou de « performance » et, à l’intérieur de ces sous-catégories, d’autres rubriques encore comme, à l’intérieur de la littérature, celles de « roman », de « nouvelle » ou de « poésie », auxquelles s’ajoutent, selon l’équipement culturel de l’individu, des catégories plus fines par sous-genres, mouvements, périodes, etc. Cette idée de l’art qui sous-tend l’appréhension de ses objets n’est toutefois pas faite que de catégories classificatoires ; elle est aussi composée de croyances concernant les finalités, les usages et les valeurs de ces objets ; elle suppose une certaine manière de penser leurs producteurs, ceux auxquels ils sont destinés, les lieux et les institutions où ils se font et où ils s’exposent. Si bien que ce que nous avons nommé en première approximation une « idée de l’art » est bien plutôt une nébuleuse de concepts, de valeurs et d’usages, liés entre eux de manière souterraine mais étroite. Ainsi, dans l’idée moderne d’art qui se constitue au cours du xviiie siècle, la catégorie nouvelle de beaux-arts est-elle étroitement solidaire de l’invention du goût comme sens du beau, du désintéressement comme attitude appropriée face aux œuvres, des Salons et de la toute nouvelle critique d’art. Comme les concepts de l’art, ses paradigmes évoluent tantôt lentement, tantôt brutalement, de manière partielle ou globale, discrète ou fracassante, et parfois coexistent de manière polémique. Notre mot art n’a ni la même extension ni la même compréhension que l’ars des latins et que la technê des anciens grecs. L’artifex n’était ni un artiste, ni un artisan. Le Moyen Âge ne connaissait pas les « beaux-arts » mais distinguait les arts mécaniques des arts libéraux. Là où la modernité a vu une pratique autonome et autotélique, les époques précédentes ont vu une activité répondant à des fonctions hétéronomes : mettre en relation avec le divin, glorifier les héros, édifier les citoyens, etc. Elles ne rangeaient pas ses œuvres dans le cadre neutre d’un musée, mais dans les lieux liés à leurs fonctions et n’attendait pas des destinataires des œuvres une pure jouissance esthétique désintéressée. Les théories occupent une place charnière entre les concepts et les paradigmes. Dans ce monde complexe et surdéterminé de l’histoire des représentations de l’art, certains théoriciens ont occupé une place décisive. Sans doute ne sont-ils pas les commencements absolus des positions qu’ils défendent ; mais ils ont activement participé à leur élaboration, les ont cristallisées, fixées, solidifiées, et ont contribué à leur diffusion. Ce sont parfois des philosophes (Aristote, Hutcheson, Dewey…), des historiens de l’art (Vasari, Panofsky, Wölfflin…), des historiens de la culture (Burckhardt, Cassirer, Haskell…), des sociologues et des psychanalystes (Kracauer, Simmel, Bourdieu, Freud…), des théoriciens d’arts particuliers (Jauss, Hanslick, Brecht, Semper…), mais aussi des critiques (La Font de Saint-Yenne, Diderot, Greenberg…), et des artistes-théoriciens (Alberti, Artaud, Baudelaire, Coleridge, Zuccaro, Tolstoï…). Considérant que l’histoire de l’art n’est pas seulement celle des œuvres, mais indissolublement celle de l’idée même d’art, ce congrès de la SFE invite donc à une archéologie de l’art réfléchissant sur les déplacements et les transformations de ses concepts, les continuités et les ruptures de ses paradigmes et les scansions que représentent ses moments théoriques décisifs.

ART AND ITS REPRESENTATIONS: CONCEPTS, THEORIES, PARADIGMS

Keynote speakers: Dominique Château, Alexandre Gefen, Maud Pouradier, Laetitia Marcucci, Jacques Morizot, Jean Robelin, Carole Talon-Hugon

To see an object as a work of art supposes, without being necessarily conscious, an idea of what art is. In general, we perceive only in organizing the heterogeneous whole of our sensations, in categorizing them by means of concepts. That is to say, words we use to put in order the world designate abstract ideas, which enables this classification more than mere things. It’s worth a fortiori for cultural objects. They never are mere objects. Between sensitive objects given to our senses and the perception we have, mediations are inserted. In the special case we consider, this idea is not only made of classificatory categories. It is also composed of beliefs about aims, uses and values of those objects; it supposes a certain manner to consider their producers, their addressees, places where they are exhibited, institutions where they are produced. In this sense, what we primarily called “idea of art” is more a nebula of concepts, values, uses, linked strongly but unexposed. In this way, the modern idea of art which arose in the 18th century, the new category of fine art, is closely linked with the invention of taste as a sense of beauty, with the notion of disinterestedness as the appropriate attitude toward a work of art, with the invention of the Salons, etc. Like the concepts of art, its paradigms evolve, slowly at time, at time quickly, partially or globally, brutally or softly, and sometimes coexist in a polemical way. Our contemporary word “art” doesn’t have the same extension and the same intension that the word “ars” in Latin, and “technê” in ancient Greek. The artefax was never an artist, nor a craftman. The Middle Ages didn’t know Fine art, but distinguished mechanical arts and liberal arts. Where the modernity considers arts as an autonomous practice, ancient times have seen activities having heteronomous functions: have a relationship with the divine, glorify heroes, educate the citizen, etc. They didn’t exhibit their works of art in the neutral place of the museum, but put them in places linked with their functions, and didn’t expect that their addressees felt a pure aesthetic pleasure. The theories occupy a transitional place between concepts and paradigms. In this complex and overdetermined word of the history of the representations of art, some theoricians played a decisive role. They probably are not the absolute beginnings of the positions that they defend, but they have actively participated towards their elaboration. Considering that the history of art is not only the story of its works, but indissolubly the story of the idea of art, this congress of the French Society of Aesthetics invites to an archeology of art, to a reflexion on the displacements and transformations of its concepts, on the continuities and ruptures, and on the scansions, that those theoretical decisive moments represent.

Pour tout renseignement, écrire à Carole.TALON-HUGON@unice.fr