Nouvelle Revue d’Esthétique

N° 29

Arts en marge

 

Certains arts, certaines formes d’art figurent au premier rang du patrimoine. Bénéficiant d’une pleine reconnaissance, d’une entière visibilité, ils font l’objet du plus grand nombre des recherches en histoire de l’art. C’est encore eux qui sont convoqués le plus souvent dans les discussions des philosophes sur la définition de l’art. Or, à côté de ces arts « dominants », il existe toutes sortes de formes de pratique artistique qui se développent localement ou globalement, dans l’ombre ou en plein soleil, et ne présentent pas moins un grand intérêt à la fois documentaire et conceptuel, social, culturel et surtout esthétique.

À côté du « monde de l’art » identifié par Arthur Danto, le système de l’art contemporain et des expositions contemporaines de l’art, il existe ainsi nombre de « mondes de l’art » au sens d’Howard Becker. Les exemples abondent et nous nous attendons à en découvrir d’autres. On peut juste évoquer des pistes sans nécessairement les privilégier : le théâtre indépendant (ex. celui que promeut le festival marginal [fringe] d’Edmonton), la poésie populaire et sur Internet, l’artisanat créatif, le cinéma expérimental (dit aussi « underground », indépendant, etc.) et le home movie, le stop motion (notamment, l’usage des marionnettes ou de la pâte à modeler pour un filmage image par image), diverses pratiques musicales singulières, mais aussi la musique d’ambiance et de circonstance, la peinture décorative, le street art hors institution, le tatouage, l’art africain dans son contexte premier, etc.

Ces « arts en marge » ont émergé en concurrence avec l’art moderne et contemporain. On parle, à leur sujet, d’art marginal, « d’ailleurs », « fringe », naïf, brut, singulier, outsider, cru, hors-les-normes, franc(-tireur), modeste, pauvre (povera), etc. Mais il convient de distinguer dans cet ensemble ouvert, voire flou, les formes singulières de l’art produites dans la périphérie d’un art établi (eu égard au singularisme caractéristique de l’art contemporain) et les formes d’art elles-mêmes singulières en ce qu’elles constituent leur propre domaine et leur propre système. Il ne s’agit pas de réveiller le débat sur le majeur et le mineur, le high et le low, le futile et l’utilitaire, le professionnel et l’amateur (voir sur ce dernier thème le n° 25 de la Nouvelle Revue d’Esthétique, intitulé Les Amateurs). Il s’agit moins de chercher à légitimer ce qui ne l’est pas et, pour faire bonne mesure, de délégitimer ce qui l’est, de mettre en cause les hiérarchies établies en espérant que cela puisse se régler « sur le papier », que de considérer et d’approfondir la portée esthétique propre aux d’arts en marge dans le champ de leur opérativité et de leur épanouissement.

L’optique qu’on propose aux auteur(e)s susceptibles d’être intéressés est donc délibérément positive. Les formes d’art considérées, appelées ici « en marge »— après qu’on a éliminé les termes de marginal en raison de ses connotations négatives et de singulier en raison de son emploi dans le contexte de l’art contemporain (au sens institutionnel) —, ont leurs caractéristiques propres, qu’elles établissent, conservent et cultivent pour elles-mêmes, lors même qu’elles occupent une place apparemment minoritaire dans la société, et non sans parfois interférer avec le monde de l’art contemporain (se nourrissant de lui ou l’alimentant). Prenant en compte ces arts de notre contemporanéité à première vue minoritaires, on s’efforcera d’en révéler toute l’extension et la fécondité esthétiques au sein de leur sphère géographique, sociale, culturelle, comme à l’extérieur.

 

Modalités de soumission

Les propositions d’article destiné au n° 29 de la Nouvelle Revue d’Esthétique seront envoyées au format Word à Dominique Chateau : chateaudominique@mac.com, avant le 30 novembre 2021.

Plus précisément, l’envoi comprendra :

  • le texte d’un article de 25 000 signes, espaces compris, sans compter les notes ; celles-ci, en nombre le plus restreint possible, devront être limitées à l’indication des références ;
  • un résumé de 300 mots maximum en français et en anglais ;
  • une présentation succincte de l’auteur(e) ou des auteur(e)s de 100 mots maximum.

Les articles reçus seront anonymisés en vue d’une double évaluation en décembre-janvier 2021 par le comité de rédaction de la Nouvelle Revue d’Esthétique. À l’issue de cette expertise, les auteur(e)s des propositions recevront l’avis du comité éventuellement assorti de remarques.