Appel à contribution
Pouvoirs de l’architecture
23-25 avril 2015, Nice

Conférenciers invités :
Andrew BALLANTYNE (Ecole d’architecture de Newcastle – UK)
Noel CARROLL (Temple University – US)
Pierre CAYE (CNRS – Paris – France)
Haruhiko FUJITA (Université d’Osaka – Japon)
Hervé GAFF (Ecole d’architecture de Nancy – France)
Gordon GRAHAM (Princeton University – US)
Paul GUYER (Brown University – US)
Maurice LAGUEUX (Université de Montréal – Canada)
Giogio PIGAFETTA (Université de Gênes – Italie)
Jean-Jacques WUNENBURGER (Université de Lyon – France)

Pouvoirs de l’architecture

La fonctionnalité de l’architecture a fait que la modernité ne lui a accordé qu’avec des réserves une place au sein des beaux-arts et que, corrélativement, l’esthétique et la philosophie de l’art s’en sont largement détournées au profit des arts plastiques et, dans une moindre mesure, de la musique. En effet, si l’art du bâtir est contraint par des impératifs externes (matériels, techniques, économiques, politiques…) et s’il vise à remplir des fonctions pratiques et symboliques (abri, protection, défense, glorification…), il ne partage ni l’autonomie ni l’autotélie qui définit l’idée moderne d’art.
Pourtant, la question des pouvoirs de l’architecture ne s’achève pas dans l’examen du remplissement de ses fonctions. Au delà de leurs fonctionnalités pratiques et symboliques, les œuvres architecturales produisent des émotions et influent sur nos comportements. A côté des propriétés fonctionnelles de l’architecture, il y a place pour des propriétés esthétiques au sens étroit du mot (« beau », « sublime», « affreux »…), pour des propriétés descriptivo-évaluatives (« grandiose », « harmonieux », «déséquilibré »…), pour des propriétés affectives (« serein », « gai », « sinistre »…), pour des propriétés strictement artistiques (« dorique », « baroque », « post-moderne »…), ainsi que pour des propriétés éthiques, qui lui sont consubstantielles dans la mesure où, fournissant des cadres aux relations sociales, l’architecture influe sur celles-ci dans un sens favorable ou défavorable.
Kandinsky a étudié dans Point, ligne, plan le pathos spécifique des formes, et dans Du Spirituel dans l’art, les résonances intérieures de la couleur. Mais l’impression architectonique n’est pas seulement affaire de l’œil. La matérialité, la tridimensionnalité, la monumentalité en font l’objet d’une expérience spécifique dont traite Wölfflin dans ses Prolégomènes à une psychologie de l’architecture. Il y défend la thèse selon laquelle si les formes architectoniques ne sont pas des schémas de géométrie plane, mais des formes massives, c’est parce que nous ne sommes pas un pur regard mais que nous avons un corps. Par celui-ci, nous avons l’expérience intime de ce qu’est la pesanteur, la contraction, la force, la pression et la contre pression et c’est ce qui rend possible l’expressivité des formes extérieures. Ainsi, la pesanteur étant liée à la diminution de nos forces vitales, les objets architecturaux dans les formes desquels se lit le triomphe de la pesanteur, celui de la matière sur la forme, seront dits mélancoliques ou oppressants. On retrouve là quelque chose de l’intuition fondatrice de la physiologie de l’art nietzschéenne selon laquelle « l’esthétique n’est en fait qu’une physiologie appliquée ». Selon cette esthétique, l’architecture occupe la première place dans le panthéon des arts, parce qu’elle est le symptôme de l’état des forces vitales d’une civilisation. Mais surtout, l’art de bâtir, de symptôme peut devenir remède. En ce sens, l’architecture est-elle investie par lui d’une grande mission : celle d’une régénération de civilisations menacées par le nihilisme. Elle est l’art par excellence qui peut promouvoir la vie. Bien avant les théoriciens de l’empathie, la numérologie accordait une importance considérable à l’action des formes. Ainsi, les architectes du Moyen Âge et de la Renaissance ont pris soin de suivre des règles systématiques de la proportion. Chaque partie de l’édifice doit correspondre à un système unique de rapports mathématiques, celui-ci exprimant l’ordre cosmique et la structure harmonique mathématique de la création, dans laquelle le Beau et le Bien se confondent. Cette dernière remarque rappelle à quel point la beauté architecturale ne peut être cette beauté « pure », « absolue » (Hutcheson) ou « libre » (Kant) qui ne réclame que l’exercice du jugement de goût désintéressé.
Ce sont toutes ces dimensions affectives, cognitives et comportementales si étroitement connectées que ce colloque veut explorer, en donnant par là-même à l’architecture toute la place qu’elle mérite dans la philosophie de l’art.

The Capacities of Architecture

Because of the specific functionality of architecture, modernity has only reluctantly accepted it within the sphere of fine arts and, as a consequence, the philosophy of art and aesthetics seem to have relinquished it in favour of plastic arts and, to a lesser extent, of music. Insofar as the art of building is ruled by external constraints, be they material, technical, economical or political, and as it aims to fulfil practical and symbolical functions (shelter, protection, defense, glorification…), it does not have the autonomy or autotelism which characterise the modern idea of art.
Nevertheless, the question of the power of architecture cannot be resolved by studying the fulfillment of its functions. Beyond their practical and symbolical functionality, architectural works generate emotions and influence our behaviours. Next to the functional properties of architecture, there is ample room for aesthetic proprieties (“beautiful”, “sublime”, “ugly”…), for descriptive-cum-evaluative properties (“grandiose”, “harmonious”, “unbalanced”…), for affective properties (“serene”, “gay”, “sinister”…), for strictly artistic properties (“Doric”, “baroques”, “postmodern”…) and for ethical properties which are inherent to architecture because it provides a frame for social relationships and thus helps determine these relations – favourably or unfavourably.
In Point and Line to Plane, Kandinsky studied the specific pathos of forms and in Concerning the Spiritual in Art he analysed the internal resonances of colour. Yet, architectonic impressions are not only the prerogative of the eye. Materiality, tridimensionality and monumentality create the specific experience described by Wölfflin in Prolegomena to a Psychology of Architecture. He defends the thesis according to which, if architectonic forms are not geometric diagrams but forms of mass, it is because we are not a mere gaze but we have a body. Through this body we have an intimate experience of gravity, contraction, pressure and counter-pressure and all this makes the expressivity of external forms possible. Thus, gravity being linked to the lessening of our vital force, the architectural objects whose form reveals the triumph of gravity and the triumph of mater over form will be considered melancholy or oppressive. This seems to echo Nietzsche’s seminal intuition of the psychology of art according to which “aesthetics is in fact only applied physiology”. According to this aesthetic conception, architecture occupies the main place in the Pantheon of art because it represents the symptom of the state of a civilisation’s vital force. But, above all, the art of building can switch from symptom to remedy. In this sense, Nietzsche grants a fundamental mission to architecture, namely to regenerate whole civilisations threatened by nihilism. It is the supreme form of art which can promote life. Way before the theories of empathy, numerology granted a particular importance to the effect of forms. The medieval or renaissance architects thus carefully followed the strict laws of proportion. Each part of a building had to correspond to a unique system of mathematical ratio expressing the cosmic order and the harmonious mathematical structure of creation in which beauty and goodness merge. It follows from this that architectural beauty cannot be this “pure” or “absolute” beauty (Hutcheson) nor this “free” beauty (Kant) which simply calls for the free play of the faculty of judgment.
What this conference aims to explore is all these closely interrelated affective, cognitive and behavioural dimensions, thus striving to attribute to architecture the role it deserves in the philosophy of art.

Les propositions de contribution (pour une conférence de 20 minutes suivie de 15 minutes de discussion) incluant titre, résumé en 300 mots environ, et 3 lignes de présentation de l’auteur, doivent être envoyées à Carole Talon-Hugon : carole.talon-hugon@unice.fr

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Date limite de soumission : 25 mars 2015
Les réponses seront envoyées le 30 mars 2015