CONGRES 2017 de la SOCIETE FRANCAISE D’ESTHETIQUE

APPEL A COMMUNICATIONS

19-20 mai 2017

Reid Hall (Columbia University à Paris, 4 rue de Chevreuse – 75006 Paris)

 

L’ART ET SES REPRESENTATIONS : CONCEPTS, THEORIES, PARADIGMES

 

Avec Dominique Château, Alexandre Gefen, Maud Pouradier, Laetitia Marcucci, Jacques Morizot, Jean Robelin, Carole Talon-Hugon,

 

Appréhender un objet comme une œuvre d’art  suppose, sans qu’on en soit ordinairement conscient, une certaine idée de ce qu’est l’art. De manière générale, on ne perçoit qu’en mettant de l’ordre dans l’amas hétéroclite de nos sensations et en les catégorisant grâce à des concepts (de « fleur », de « bâtiment », ou de « chien », par exemple). Autrement dit, les mots grâce auxquels nous ordonnons le monde ne désignent pas tant des choses que des idées abstraites permettant cet ordonnancement. Cela vaut a fortiori pour les objets culturels ; ils ne sont jamais de purs donnés : entre l’objet sensible offert à nos sens et l’appréhension que nous en avons s’intercalent des médiations. Dans le cas particulier qui nous occupe, l’appréhension d’une chose comme une « œuvre d’art » suppose non seulement la mise en jeu de la catégorie mentale générale d’art, mais aussi de sous-catégories comme celles de « peinture », de « musique », de « sculpture » ou de « performance » et, à l’intérieur de ces sous-catégories, d’autres rubriques encore comme, à l’intérieur de la littérature, celles de « roman », de « nouvelle » ou de « poésie », auxquelles s’ajoutent, selon l’équipement culturel de l’individu, des catégories plus fines par sous-genres, mouvements, périodes, etc.

Cette idée de l’art qui sous-tend l’appréhension de ses objets n’est toutefois pas faite que de catégories classificatoires ; elle est aussi composée de croyances concernant les finalités, les usages et les valeurs de ces objets ; elle suppose une certaine manière de penser leurs producteurs, ceux auxquels ils sont destinés, les lieux et les institutions où ils se font et où ils s’exposent. Si bien que ce que nous avons nommé en première approximation une « idée de l’art » est bien plutôt une nébuleuse de concepts, de valeurs et d’usages, liés entre eux de manière souterraine mais étroite. Ainsi, dans l’idée moderne d’art qui se constitue au cours du xviiie siècle, la catégorie nouvelle de beaux-arts est-elle étroitement solidaire de l’invention du goût comme sens du beau, du désintéressement comme attitude appropriée face aux œuvres, des Salons et de la toute nouvelle critique d’art.

Comme les concepts de l’art, ses paradigmes évoluent tantôt lentement, tantôt brutalement, de manière partielle ou globale, discrète ou fracassante, et parfois coexistent de manière polémique. Notre mot art n’a ni la même extension ni la même compréhension que l’ars des latins et que la techné des anciens grecs. L’artifex n’était ni un artiste, ni un artisan. Le Moyen Âge ne connaissait pas les « beaux-arts » mais distinguait les arts mécaniques des arts libéraux. Là où la modernité a vu une pratique autonome et autotélique, les époques précédentes ont vu une activité répondant à des fonctions hétéronomes : mettre en relation avec le divin, glorifier les héros, édifier les citoyens, etc. Elles ne rangeaient pas ses œuvres dans le cadre neutre d’un musée, mais dans les lieux liés à leurs fonctions et n’attendait pas des destinataires des œuvres une pure jouissance esthétique désintéressée.

Les théories occupent une place charnière entre les concepts et les paradigmes. Dans ce monde complexe et surdéterminé de l’histoire des représentations de l’art, certains théoriciens ont occupé une place décisive. Sans doute ne sont-ils pas les commencements absolus des positions qu’ils défendent ; mais ils ont activement participé à leur élaboration, les ont cristallisées, fixées, solidifiées, et ont contribué à leur diffusion. Ce sont parfois des philosophes (Aristote, Hutcheson, Dewey…), des historiens de l’art (Vasari, Panofsky, Wölfflin…), des historiens de la culture (Burckhardt, Cassirer, Haskell…), des sociologues et des psychanalystes (Kracauer, Simmel, Bourdieu, Freud…), des théoriciens d’arts particuliers (Jauss, Hanslick, Brecht, Semper…), mais aussi des critiques (La Font de Saint-Yenne, Diderot, Greenberg…), et des artistes-théoriciens (Alberti, Artaud, Baudelaire, Coleridge, Zuccaro, Tolstoï…).

Considérant que l’histoire de l’art n’est pas seulement celle des œuvres, mais indissolublement celle de l’idée même d’art, ce congrès de la SFE invite donc à une archéologie de l’art réfléchissant sur les déplacements et les transformations de ses concepts, les continuités et les ruptures de ses paradigmes et les scansions que représentent ses moments théoriques décisifs.

Modalités de soumission

Les propositions, rédigées en anglais ou en français, doivent comprendre :

  • la thématique retenue
  • le nom de l’auteur ou des auteurs
  • une présentation succincte de l’auteur ou des auteurs (100 mots maximum)
  • le titre
  • un résumé de 300 mots maximum
  • une liste de mots clés (5 maximum)
  • une bibliographie essentielle
  • l’engagement écrit et signé à s’acquitter des droits d’inscription de 50 euros au cas où la proposition serait retenue. Ils donnent droit à la participation au colloque et à la gratuité des déjeuners.
    • NB : Les droits d’inscription des membres de la Société française d’esthétique à jour de leur cotisation sont de 25 euros (pour devenir membre, s’inscrire sur le site web de la SFE http://www.s-f-e.org

Elles seront envoyées au format « pdf » à Talon-Hugon : Carole.TALON-HUGON@unice.fr

Date limite d’envoi des propositions : 23 avril

Les réponses seront communiquées le : 30 avril

Les communications, d’une durée de 30 minutes, seront tenues en anglais ou en français. Aucun service d’interprétariat ou de traduction ne pourra être fourni. Les frais d’hébergement et de transport sont à la charge des participants.