Congrès 2021 de la Société Française d’Esthétique

Paris

L’expérience esthétique

La Société Française d’esthétique et le Séminaire Européen d’Esthétique ont décidé de coupler leurs congrès annuels respectifs. Ce congrès commun réunissant les membres des deux sociétés aura pour thème l’expérience esthétique, en s’intéressant plus particulièrement à ses reconfigurations contemporaines et à ses remises en cause.

 

Dans Malaise dans l’esthétique (2004), Jacques Rancière oppose le régime mimétique de l’art, où l’art se reconnaît et se juge d’après les critères théoriques et pratiques d’un mode de production technique, au régime esthétique de l’art, où le sensorium singulier suscité par l’objet devient le critère de reconnaissance et de jugement de l’art. Le régime mimétique de l’art fut incontesté jusqu’au xviiie siècle, où le régime esthétique de l’art instaure un « désordre nouveau », prémisses de toutes les modernités. Perdant leur objectivité, les catégories esthétiques que sont le beau ou le sublime deviennent, dans la troisième Critique kantienne, le nom de l’expérience relationnelle de la subjectivité avec un objet, indépendamment de son utilité, de sa bonté, des connaissances qu’il peut apporter, ou de son caractère naturel ou artefactuel. L’Art comme expérience (1934) de John Dewey est le triomphe de cette conception de l’art, l’expérience esthétique prenant désormais la place même de l’art. Comme le souligna Peter Bürger à propos des avant-gardes dans son ouvrage de 1974, les artistes de la modernité ont eux-mêmes développé une conception esthétique de leur art, en tentant de ne plus séparer l’art de la vie, au risque de le transformer en pratique non reconnaissable, et paradoxalement élitiste. Le tournant postmoderne de l’art n’a pas remis en cause l’idée d’expérience esthétique, mais l’a plutôt reconfigurée : avec le minimalisme, l’expérience esthétique n’est plus une expérience formelle, mais l’expérience d’un réel modifié.

Le tournant analytique d’une partie de la philosophie de l’art fut loin d’invalider cette conception esthétique de l’art. Nelson Goodman, malgré sa rupture avec ce qu’il nomme l’« émotivisme » kantien, maintient le primat de l’expérience esthétique sur l’objet artistique. Le fonctionnalisme de Langages de l’art (1968) signifie en effet qu’il n’y a pas d’œuvre d’art à proprement parler, mais des objets qui participent à un contexte global permettant des expériences sensibles, cognitives et sémiotiques d’une richesse particulière. La question que l’on peut alors poser, à la suite de Jean-Marie Schaeffer dans L’expérience esthétique (2015), est celle de savoir si l’adjectif « esthétique » renvoie à une expérience d’une nature singulière, où s’il ne s’agit que d’une expérience commune dont les paramètres sont tels qu’elle trouve sa fin en elle-même. Mais cette naturalisation de l’expérience esthétique, à la faveur du développement des neurosciences et des sciences cognitives, ne remet pas fondamentalement en cause le tournant esthétique de l’art inauguré au xviiie siècle.

Cette conception esthétique de l’art a toutefois été vivement critiquée ces vingt dernières années, qu’il s’agisse de remettre en cause la dissolution de l’art en une expérience dérangeante-consensuelle aisément récupérable par la société capitaliste (Olivier Neveux, Contre le théâtre politique, 2019), ou de défendre les droits du jugement artistique (Carole Talon-Hugon, L’art victime de l’esthétique, 2014 ; Jacqueline Lichtenstein, Les raisons de l’art, 2014) et d’une conception réaliste de l’art (Roger Pouivet, L’ontologie de l’œuvre d’art, 2010). Dans la société civile, le refus de séparer l’« artiste » de son « œuvre » peut également apparaître comme une remise en cause de l’idée  d’expérience esthétique, celle-ci étant fondamentalement dépolitisée, désocialisée et par conséquent complice de toutes les dominations.

Plusieurs axes pourront être étudiés :

  • L’histoire de la constitution de l’idée d’expérience esthétique, qu’on articulera et distinguera des concepts de sentiment esthétique et de jugement esthétique.
  • Le lien entre expérience esthétique et catégories esthétiques : celles-ci caractérisent-elles un objet ou une expérience ? L’idée d’une table ou d’une liste des catégories esthétiques peut-elle encore constituer un projet théorique et philosophique légitime ? L’art contemporain rend-il nécessaire de nouvelles catégories esthétiques, et lesquelles ?
  • Art contemporain et expérience esthétique : dans quelle mesure les formes contemporaines hybrides d’expression artistique remettent-elles en cause la pertinence du concept d’expérience esthétique ?
  • Neuro-esthétique, sciences cognitives, darwinisme littéraire, etc. : les approches naturalistes de l’expérience esthétique assurent-elles la pertinence et la continuité du concept, ou nous obligent-elles à le déclarer obsolète ?
  • Les remises en cause politique, artistique et philosophique du primat de l’expérience esthétique.

Congrès 2020 de la Société Française d’Esthétique

reporté

L’expérience esthétique

La Société Française d’esthétique et le Séminaire Européen d’Esthétique ont décidé de coupler leurs congrès annuels respectifs. Ce congrès commun réunissant les membres des deux sociétés aura pour thème l’expérience esthétique, en s’intéressant plus particulièrement à ses reconfigurations contemporaines et à ses remises en cause.

 

Dans Malaise dans l’esthétique (2004), Jacques Rancière oppose le régime mimétique de l’art, où l’art se reconnaît et se juge d’après les critères théoriques et pratiques d’un mode de production technique, au régime esthétique de l’art, où le sensorium singulier suscité par l’objet devient le critère de reconnaissance et de jugement de l’art. Le régime mimétique de l’art fut incontesté jusqu’au xviiie siècle, où le régime esthétique de l’art instaure un « désordre nouveau », prémisses de toutes les modernités. Perdant leur objectivité, les catégories esthétiques que sont le beau ou le sublime deviennent, dans la troisième Critique kantienne, le nom de l’expérience relationnelle de la subjectivité avec un objet, indépendamment de son utilité, de sa bonté, des connaissances qu’il peut apporter, ou de son caractère naturel ou artefactuel. L’Art comme expérience (1934) de John Dewey est le triomphe de cette conception de l’art, l’expérience esthétique prenant désormais la place même de l’art. Comme le souligna Peter Bürger à propos des avant-gardes dans son ouvrage de 1974, les artistes de la modernité ont eux-mêmes développé une conception esthétique de leur art, en tentant de ne plus séparer l’art de la vie, au risque de le transformer en pratique non reconnaissable, et paradoxalement élitiste. Le tournant postmoderne de l’art n’a pas remis en cause l’idée d’expérience esthétique, mais l’a plutôt reconfigurée : avec le minimalisme, l’expérience esthétique n’est plus une expérience formelle, mais l’expérience d’un réel modifié.

Le tournant analytique d’une partie de la philosophie de l’art fut loin d’invalider cette conception esthétique de l’art. Nelson Goodman, malgré sa rupture avec ce qu’il nomme l’« émotivisme » kantien, maintient le primat de l’expérience esthétique sur l’objet artistique. Le fonctionnalisme de Langages de l’art (1968) signifie en effet qu’il n’y a pas d’œuvre d’art à proprement parler, mais des objets qui participent à un contexte global permettant des expériences sensibles, cognitives et sémiotiques d’une richesse particulière. La question que l’on peut alors poser, à la suite de Jean-Marie Schaeffer dans L’expérience esthétique (2015), est celle de savoir si l’adjectif « esthétique » renvoie à une expérience d’une nature singulière, où s’il ne s’agit que d’une expérience commune dont les paramètres sont tels qu’elle trouve sa fin en elle-même. Mais cette naturalisation de l’expérience esthétique, à la faveur du développement des neurosciences et des sciences cognitives, ne remet pas fondamentalement en cause le tournant esthétique de l’art inauguré au xviiie siècle.

Cette conception esthétique de l’art a toutefois été vivement critiquée ces vingt dernières années, qu’il s’agisse de remettre en cause la dissolution de l’art en une expérience dérangeante-consensuelle aisément récupérable par la société capitaliste (Olivier Neveux, Contre le théâtre politique, 2019), ou de défendre les droits du jugement artistique (Carole Talon-Hugon, L’art victime de l’esthétique, 2014 ; Jacqueline Lichtenstein, Les raisons de l’art, 2014) et d’une conception réaliste de l’art (Roger Pouivet, L’ontologie de l’œuvre d’art, 2010). Dans la société civile, le refus de séparer l’« artiste » de son « œuvre » peut également apparaître comme une remise en cause de l’idée  d’expérience esthétique, celle-ci étant fondamentalement dépolitisée, désocialisée et par conséquent complice de toutes les dominations.

 

Plusieurs axes pourront être étudiés :

  • L’histoire de la constitution de l’idée d’expérience esthétique, qu’on articulera et distinguera des concepts de sentiment esthétique et de jugement esthétique.
  • Le lien entre expérience esthétique et catégories esthétiques : celles-ci caractérisent-elles un objet ou une expérience ? L’idée d’une table ou d’une liste des catégories esthétiques peut-elle encore constituer un projet théorique et philosophique légitime ? L’art contemporain rend-il nécessaire de nouvelles catégories esthétiques, et lesquelles ?
  • Art contemporain et expérience esthétique : dans quelle mesure les formes contemporaines hybrides d’expression artistique remettent-elles en cause la pertinence du concept d’expérience esthétique ?
  • Neuro-esthétique, sciences cognitives, darwinisme littéraire, etc. : les approches naturalistes de l’expérience esthétique assurent-elles la pertinence et la continuité du concept, ou nous obligent-elles à le déclarer obsolète ?
  • Les remises en cause politique, artistique et philosophique du primat de l’expérience esthétique.

 

Congrès 2019 de la Société Française d’Esthétique

Fondation Lucien Paye, Paris.

14/06/2019

« La critique dans tous ses états : arts, littérature, théorie »

L’invention de la critique d’art par Diderot et son installation dans le paysage intellectuel par les « professionnels » mais surtout par les écrivains et poètes du dix-neuvième siècle (on rappellera la place imminente de Baudelaire dans cette évolution) ont fait de la critique une spécialité nationale qui, par-delà les Salons et la seule peinture, a concerné tous les arts, de la musique au cinéma, et a tissé des liens spécifiques avec la critique littéraire. De fait, le critique peut devenir un écrivain à part entière et il se doit même de l’être s’il veut être opérant. Le champ de la critique, artistique et littéraire,  se pose ainsi en s’opposant à ceux de l’histoire et de la théorie : la critique provient d’une expérience, fonde un public ou une communauté,  et le savoir qu’elle communique  reste indissolublement lié à une écriture. Mais la critique croise aussi en bien des points le champ de la connaissance historique et esthétique.

Notre congrès propose un travail exploratoire du champ et de ses dimensions ; il s’agira notamment de :

– repérer dans les différents arts les moments de tension comme de proximité entre critique, histoire et théorie,

– comprendre les effets de l’antécédence de la critique dans la relation aux œuvres vivantes,

– mettre au jour la spécificité littéraire, rhétorique et esthétique de l’écriture critique (car il y a des genres de la critique) en rappelant le travail de certains « critiques de la critique »,

– déterminer l’importance des supports, à commencer par celle, capitale, des revues (de La Correspondance littéraire aux Cahiers du cinéma…),

– s’interroger enfin sur l’évolution de la relation critique (Jean Starobinski), tant celle de l’écrivain à l’œuvre d’art que celle du spectateur ou du lecteur à la critique elle-même à une époque où sa légitimité est contestée ou relativisée.

 

9h-9h30 : accueil

9h30 – CAROLE TALON-HUGON
Professeur à l’Université de Nice-Côte d’Azur et Présidente de la SFE
Introduction générale

9h45 – MARC CERISUELO
Professeur à l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée et Vice-président de la SFE
Introduction spécifique

10h – MARTINE KAUFMANN
Historienne de l’art et Enseignante en esthétique au département de pédagogie du Conservatoire
National de Musique et de Danse de Paris
Des querelles au « jugement du public souverain » chez Denis Diderot

10h30 – VINCENT GRANATA
Doctorant en philosophie et musicologie à l’Université de Lorraine
L’irremplaçable discours des critiques musicaux – Les écrits de Hugues Panassié sur Big Bill
Broonzy et l’expressivité du blues

11h – Discussion et pause

11h30 – THOMAS MERCIER-BELLEVUE
Agrégé de philosophie et doctorat au Département de philosophie de l’Université Paris IV
Sorbonne
Critique musicale et musique mainstream : rhétorique d’une incompréhension

12h – BAMCHADE POURVALI
Docteur en études cinématographiques de l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée
Godard critique et cinéaste : sur la forme-essai

12h30 – ANNY LAZARUS
Docteure en Sciences de l’Art, Langue et Littérature chinoises
Critique d’art et totalitarisme : la résilience des critiques d’art chinois

13h – Discussion

Pause déjeuner

14h30 – VINCENT COLONNA
Docteur en littérature de l’EHESS, chercheur indépendant, écrivain
Francisque Sarcey, le critique-narratologue

15h – GREGORY ASCHENBROICH
Agrégé de philosophie, doctorant à l’Université Paris IV – Sorbonne
‘Réflexion sur la réflexion’ : l’invention critique de F. Schlegel

15h30 – MARION COSTE
Agrégée de lettres modernes, PRAG à l’IUT de Neuville-sur-Oise
Braconnage littéraire et errance critique : quand Michel Butor lit Arthur Rimbaud

16h – Discussion et Pause

16h30 – NADIA FARTAS
Professeur de Lettres modernes et Docteure en littérature
« C’est assez rare et très beau ». Notes sur l’expression de l’intensité dans la critique d’art du
XXIe siècle

17h00 – ANAÏS LOISON-BOUVET
Docteur du Département Danse de l’Université Paris VIII
Porosité et concordance des discours d’expertises en danse contemporaine : la critique
assimilée

17h30 – Discussion

Congrès 2018 de la Société Française d’Esthétique

Reid Hall, Columbia University à Paris, Paris.

1/06-2018

« Désartification de l’art »,

 

9:00

 

Carole Talon-Hugon (Professeur de l’Université de Nice, présidente de la SFE)

Introduction : Pertinence et insuffisances de l’idée adornienne de désartification de l’art pour penser le présent.

 

Maud Pouradier (MCF Université de Caen)

La « désartification » ou la dépréciation d’une étiquette.

 

Marie-Noëlle Semet, (MCF HDR Université de Paris 1) et Hélène Routier (Docteur en esthétique)

De la désartification sur la scène lyrique contemporaine

 

Jérémie Elalouf (Doctorant Université de Paris 1)

La désartification et l’accomplissement du naturalisme

 

Chiara Palermo (Chargée d’enseignement et de recherche à l’Université de Strasbourg)

Le processus de désartification comme création engagée : le cas de l’Arte Povera

 

Georges Iliopoulos (Doctorant Université de Paris 4)

Artification du tatouage et Entkunstung

 

14:00

Alexandre Gefen, (Directeur de recherches au CNRS)

Délittérisations contemporaines de la littérature ?

 

Samir Zoghbi (Maître assistant Habilité à l’Institut supérieur des arts de l’U. Manouba de Tunisie)

Le cinéma et la reproduction technique. À partir de L’Œuvre d’art à l’ère de sa reproductibilité technique de W. Benjamin.

 

Judith Michalet (Enseignante à l’EAC Paris)

De l’énigme de l’œuvre à la réflexivité des pratiques (bricolages, jeux vidéos, selfies)

 

Patrick Marcolini (MCF à l’Université de Montpellier III)

Les paradoxes d’un « art sans art »

 

Nadia Fartas (Docteur associée au Centre de recherches sur les arts et le langage – EHESS-CNRS)

Artification de la politique, désartification de l’art ? Réflexions sur quelques expositions au XXIe siècle

 

Isabelle Rieusset-Lemarié (MCF HDR Université de Paris 1)

De la désesthétisation de l’art à la désartification de l’esthétique
 

ARGUMENT

Formulé pour la première fois en 1953 dans un article consacré au jazz publié dans la revue Merkur, le concept d’Entkunstung (désartification) marque la pensée tardive d’Adorno qui s’exprime dans sa Théorie esthétique. Ce néologisme désigne chez lui l’idée que l’art, au cours du XXe siècle, a été progressivement « privé de son caractère artistique » (Kunst wird entkunstet). Pour Adorno, cette désartification résulte du développement de ce qu’il nomme l’industrie culturelle. Productrice de divertissements faciles, d’expériences pauvres (compréhension aisée de significations simples, effets dramatiques faciles, émotions stéréotypées), celle-ci est aux antipodes des exigences du grand art qui ennoblit. L’industrie culturelle produit un succédané de culture, très proche de ce que Clément Greenberg, à la même époque, désigne par le terme de Kitsch (Avant-garde et Kitsch).

Plus d’un demi-siècle après l’invention de l’expression, il semble que ce n’est plus tant la concurrence du Low art que le High art aurait à craindre, mais l’affiliation à la sphère de l’« Art » d’activités qui, jusque-là, ne lui appartenaient en aucune façon, et qui ne possèdent de l’Art ni les caractéristiques formelles ni la légitimité historique. Après le graffiti devenu Street Art ou après le Net Art, le Jeu Vidéo – qui a depuis peu son département au MOMA de New-York –, ou la cuisine – Le cuisinier espagnol Ferran Adrià ne représentait-il pas l’Espagne à la Dokumenta de Kassel en 2007 ? – connaissent ce « processus de transformation du non-art en art, résultat d’un travail complexe qui engendre un changement de définition et de statut des personnes, des objets et des activités » que R. Shapiro nomme artification (De l’artification. Enquêtes sur la passage à l’art, N. Heinich et R. Shapiro, dir.) ? La sous-littérature des bleuettes sentimentales de la collection « Harlequin » sont encore des romans, et le jazz que fustigeait Adorno est encore de la musique ; mais l’artification généralisée qui marque notre temps invite à reprendre la question adornienne de la désartification de l’art en fonction de cette nouvelle donne. Il s’agira ici :

– d’étudier ces formes diverses de désartification, de les décrire, de les contextualiser, de les interpréter et de les évaluer.

– de s’interroger sur l’état présent de l’industrie culturelle, sur ses formes inédites et sur les rapports nouveaux qu’elle entretient avec la sphère de l’art.

– d’analyser, dans la lignée des recherches de W. Benjamin sur les effets des révolutions technologiques sur les arts et sur nos manières de sentir (L’œuvre d’art à l’ère de sa reproductibilité technique, 1936), l’impact des nouvelles techniques de reproduction, de diffusion et de communication, sur les notions constitutives de l’idée moderne d’art (artiste, œuvre, désintéressement, authenticité, etc.).

 

Congrès 2017 de la Société Française d’Esthétique

Reid Hall, Columbia University à Paris, Paris.

19-20/05/2017

L’art et ses représentations : concepts, théories, paradigmes

 

Programme

Vendredi 19 mai 2017

Vendredi matin, 9:00

– Carole Talon-Hugon (Professeur de l’Université de Nice-Sophia Antipolis, membre de l’IUF, présidente de la SFE), Introduction

– Jacques Morizot (Professeur émérite de l’Université d’Aix-Marseille), « Comment la philosophie peut-elle communiquer avec la littérature et les arts ? »

– Maud Pouradier (Maître de conférences à l’Université de Caen), « Art mineur, modeste ou moyen ? »

Pause

Vendredi matin, 11:00

– Laetitia Marcucci (Docteur en philosophie, Université de Nice, Attachée Temporaire d’Enseignement et de Recherche à l’Université d’Aix-Marseille), « Jacques Restout et La Réforme de la peinture (1681) : de la définition du classicisme en peinture »

– Ronald Shusterman (Professeur à l’Université Jean Monnet – Saint-Étienne), « Privation ou Partage ? Remarques sur deux esthétiques actuelles »

– Roland Huesca (Professeur d’esthétique au département « Arts » de l’Université de Lorraine, site de Metz), « La vie des oeuvres : approche culturaliste de l’histoire et de l’esthétique »

Déjeuner

Vendredi après-midi, 14:30

– Nadège Goldstein (Professeur en CPGE au lycée Masséna de Nice), « L’art comme remède au blasement moderne : vers le paradigme de l’art comme sociologie et comme phénoménologie (à propos de Georg Simmel) »

– Paul Bernard-Nouraud (Docteur en histoire et théorie de l’art, EHESS, diplômé en Esthétique, Paris I, et en théorie du Théâtre, ULB, Bruxelles), « Contenance, consistance et teneur : retour sur trois futurs concepts de l’analyse esthétique »

– Ingrid Bonnal (Doctorante à l’EHESS – PARIS I), « ‘Imitar bene le cose naturali’ : une idée de l’art selon Caravage »

Pause

Vendredi après-midi, 16h30

– Alexandre Bies (Agrégé de philosophie et DCCE à l’Université de Nice Sophia Antipolis), « Par-delà l’art et l’artisanat : l’enjeu d’une redéfinition des ‘arts décoratifs’ »

– Ancuta Mortu (Docteure en Esthétique à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales), « Écrire l’histoire naturelle de l’art »

– Catherine Titeux (Maître de conférences à l’École nationale supérieure d’architecture de Montpellier), « Renaissance, modernité en architecture : deux versants d’un même paradigme ? »

Samedi 20 mai 2017

Samedi matin, 9:00

– Dominique Château (Professeur émérite de l’Université Paris 1-Sorbonne), « Les images de l’art. Modèle théorique et exemplification japonaise »

– Jean Robelin (Professeur émérite de l’Université de Nice-Sophia Antipolis), « Quelques remarques sur la naturalisation de l’art »

– Alexandre Gefen (Chargé de recherche au Centre d’Étude de la Langue et de la Littérature Française, CNRS-Université Paris 4), « La littérature est-elle un art ? »

Pause

Samedi matin, 11:00

– Anne Launois (ancienne élève de l’ENS Fontenay-Saint Cloud, professeur de Philosophie, chargée d’enseignement à l’Université de Nantes), « L’enseignement d’‘histoire des arts’ : quelle conception de l’œuvre pour quel rapport à l’art ? »

– David Romand (Docteur en épistémologie/histoire des sciences, agrégé de sciences de la vie et de la Terre, chercheur au laboratoire SPHERE, UMR 7219), « ‘Auto-illusion esthétique’ (ästhetische Selbsttaüschung) et ‘sentiment d’apparence’ (Scheingefühl) chez Konrad Lange (1855-1921) : aux origines allemandes de la dialectique arassienne de ‘l’iconique’ et du ‘pictural’ »

– Nicolas Nercam (Maître de conférences dans le département des Arts, UFR Humanités de l’Université Bordeaux Montaigne), « Discours postcolonial et théories des arts ; vers une esthétique ‘décentrée’ ? »

Déjeuner

Samedi après-midi, 14:30

– Cécile Mahiou (Docteure en esthétique et philosophie de l’art, agrégée de lettres modernes), « Les pratiques ‘non-art’ à l’épreuve de l’idée d’autonomie de l’art »

– Benjamin Riado (Certifié de philosophie et agrégé d’arts plastiques), « Une œuvre d’art conceptuel est-elle un objet théologique ? »

– Christophe Ippolito (Associate Professor et French Advisor au Georgia Institute of Technology, Atlanta), « La double valeur de l’art »

Pause

Samedi après-midi, 16:30

– Ioulia PODOROGA (Docteure en philosophie, chargée de recherche à l’Unité de russe de l’Université de Genève), « Pavel Filonov et l’avant-garde russe : méthode et pratiques de ‘l’art analytique’ »

– Thierry Cote (Doctorant de l’Université de Montréal), « Le nœud moderne : pourquoi distinguer des régimes d’identification de l’art ? »

– Carine Lemouneau (Doctorante en Histoire de l’art à l’Université Paris I), « Les conditions d’implantation et de légitimation du système des Beaux-Arts à Santiago du Chili entre 1850 et 1900 »

– Ondine Bréaud-Holland (Maître de conférence en théorie de l’art/philosophie esthétique à l’Ecole supérieure d’Arts plastiques de la ville de Monaco), « ‘Les Chemins de la vérité’ et ses 29 vidéos : l’idée (de l’art) de BHL et des artistes convoqués pour l’occasion »

Site de la Société Française d’Esthétique : http://www.s-f-e.org/

Pour tout renseignement, écrire à Carole.TALON-HUGON@unice.fr

 

ARGUMENTAIRE

English version below

L’ART ET SES REPRESENTATIONS : THÉORIES, CONCEPTS, PARADIGMES

Keynote speakers : Dominique Château, Alexandre Gefen, Maud Pouradier, Laetitia Marcucci, Jacques Morizot, Jean Robelin, Carole Talon-Hugon

Appréhender un objet comme une œuvre d’art suppose, sans qu’on en soit ordinairement conscient, une certaine idée de ce qu’est l’art. De manière générale, on ne perçoit qu’en mettant de l’ordre dans l’amas hétéroclite de nos sensations et en les catégorisant grâce à des concepts. Autrement dit, les mots grâce auxquels nous ordonnons le monde ne désignent pas tant des choses que des idées abstraites permettant cet ordonnancement. Cela vaut a fortiori pour les objets culturels ; ils ne sont jamais de purs donnés : entre l’objet sensible offert à nos sens et l’appréhension que nous en avons s’intercalent des médiations. Dans le cas particulier qui nous occupe, l’appréhension d’une chose comme une « œuvre d’art » suppose non seulement la mise en jeu de la catégorie mentale générale d’art, mais aussi de sous-catégories comme celles de « peinture », de « musique », de « sculpture » ou de « performance » et, à l’intérieur de ces sous-catégories, d’autres rubriques encore comme, à l’intérieur de la littérature, celles de « roman », de « nouvelle » ou de « poésie », auxquelles s’ajoutent, selon l’équipement culturel de l’individu, des catégories plus fines par sous-genres, mouvements, périodes, etc. Cette idée de l’art qui sous-tend l’appréhension de ses objets n’est toutefois pas faite que de catégories classificatoires ; elle est aussi composée de croyances concernant les finalités, les usages et les valeurs de ces objets ; elle suppose une certaine manière de penser leurs producteurs, ceux auxquels ils sont destinés, les lieux et les institutions où ils se font et où ils s’exposent. Si bien que ce que nous avons nommé en première approximation une « idée de l’art » est bien plutôt une nébuleuse de concepts, de valeurs et d’usages, liés entre eux de manière souterraine mais étroite. Ainsi, dans l’idée moderne d’art qui se constitue au cours du xviiie siècle, la catégorie nouvelle de beaux-arts est-elle étroitement solidaire de l’invention du goût comme sens du beau, du désintéressement comme attitude appropriée face aux œuvres, des Salons et de la toute nouvelle critique d’art. Comme les concepts de l’art, ses paradigmes évoluent tantôt lentement, tantôt brutalement, de manière partielle ou globale, discrète ou fracassante, et parfois coexistent de manière polémique. Notre mot art n’a ni la même extension ni la même compréhension que l’ars des latins et que la technê des anciens grecs. L’artifex n’était ni un artiste, ni un artisan. Le Moyen Âge ne connaissait pas les « beaux-arts » mais distinguait les arts mécaniques des arts libéraux. Là où la modernité a vu une pratique autonome et autotélique, les époques précédentes ont vu une activité répondant à des fonctions hétéronomes : mettre en relation avec le divin, glorifier les héros, édifier les citoyens, etc. Elles ne rangeaient pas ses œuvres dans le cadre neutre d’un musée, mais dans les lieux liés à leurs fonctions et n’attendait pas des destinataires des œuvres une pure jouissance esthétique désintéressée. Les théories occupent une place charnière entre les concepts et les paradigmes. Dans ce monde complexe et surdéterminé de l’histoire des représentations de l’art, certains théoriciens ont occupé une place décisive. Sans doute ne sont-ils pas les commencements absolus des positions qu’ils défendent ; mais ils ont activement participé à leur élaboration, les ont cristallisées, fixées, solidifiées, et ont contribué à leur diffusion. Ce sont parfois des philosophes (Aristote, Hutcheson, Dewey…), des historiens de l’art (Vasari, Panofsky, Wölfflin…), des historiens de la culture (Burckhardt, Cassirer, Haskell…), des sociologues et des psychanalystes (Kracauer, Simmel, Bourdieu, Freud…), des théoriciens d’arts particuliers (Jauss, Hanslick, Brecht, Semper…), mais aussi des critiques (La Font de Saint-Yenne, Diderot, Greenberg…), et des artistes-théoriciens (Alberti, Artaud, Baudelaire, Coleridge, Zuccaro, Tolstoï…). Considérant que l’histoire de l’art n’est pas seulement celle des œuvres, mais indissolublement celle de l’idée même d’art, ce congrès de la SFE invite donc à une archéologie de l’art réfléchissant sur les déplacements et les transformations de ses concepts, les continuités et les ruptures de ses paradigmes et les scansions que représentent ses moments théoriques décisifs.

ART AND ITS REPRESENTATIONS: CONCEPTS, THEORIES, PARADIGMS

Keynote speakers: Dominique Château, Alexandre Gefen, Maud Pouradier, Laetitia Marcucci, Jacques Morizot, Jean Robelin, Carole Talon-Hugon

To see an object as a work of art supposes, without being necessarily conscious, an idea of what art is. In general, we perceive only in organizing the heterogeneous whole of our sensations, in categorizing them by means of concepts. That is to say, words we use to put in order the world designate abstract ideas, which enables this classification more than mere things. It’s worth a fortiori for cultural objects. They never are mere objects. Between sensitive objects given to our senses and the perception we have, mediations are inserted. In the special case we consider, this idea is not only made of classificatory categories. It is also composed of beliefs about aims, uses and values of those objects; it supposes a certain manner to consider their producers, their addressees, places where they are exhibited, institutions where they are produced. In this sense, what we primarily called “idea of art” is more a nebula of concepts, values, uses, linked strongly but unexposed. In this way, the modern idea of art which arose in the 18th century, the new category of fine art, is closely linked with the invention of taste as a sense of beauty, with the notion of disinterestedness as the appropriate attitude toward a work of art, with the invention of the Salons, etc. Like the concepts of art, its paradigms evolve, slowly at time, at time quickly, partially or globally, brutally or softly, and sometimes coexist in a polemical way. Our contemporary word “art” doesn’t have the same extension and the same intension that the word “ars” in Latin, and “technê” in ancient Greek. The artefax was never an artist, nor a craftman. The Middle Ages didn’t know Fine art, but distinguished mechanical arts and liberal arts. Where the modernity considers arts as an autonomous practice, ancient times have seen activities having heteronomous functions: have a relationship with the divine, glorify heroes, educate the citizen, etc. They didn’t exhibit their works of art in the neutral place of the museum, but put them in places linked with their functions, and didn’t expect that their addressees felt a pure aesthetic pleasure. The theories occupy a transitional place between concepts and paradigms. In this complex and overdetermined word of the history of the representations of art, some theoricians played a decisive role. They probably are not the absolute beginnings of the positions that they defend, but they have actively participated towards their elaboration. Considering that the history of art is not only the story of its works, but indissolubly the story of the idea of art, this congress of the French Society of Aesthetics invites to an archeology of art, to a reflexion on the displacements and transformations of its concepts, on the continuities and ruptures, and on the scansions, that those theoretical decisive moments represent.

 

Congrès 2016 de la Société Française d’Esthétique

Fondation Lucien Paye, Paris.

17-18/06/2016.

Etienne Souriau, de l’esthétique au cinéma

Étienne Souriau (1892-1979) joua un rôle considérable dans l’histoire de deux disciplines, l’esthétique et les études cinématographiques.

Fils de Paul Souriau — connu notamment pour sa théorie de la « beauté rationnelle » —, professeur de philosophie à la Sorbonne quand il succéda à Charles Lalo, Étienne Souriau fonda avec ce dernier et Raymond Bayer, en 1948, la Revue d’esthétique ; il fut ensuite président de la Société française d’esthétique, directeur du Comité international pour les études d’esthétique ; enfin, il fonda, en 1960, L’Institut d’esthétique et des sciences de l’art rattaché à l’Université Paris 1 (aujourd’hui prolongé par l’Institut ACTE Paris 1-CNRS). Il poursuivit également le projet de Vocabulaire d’esthétique initié par Charles Lalo et Victor Basch, mené à terme, après sa mort, par Anne Souriau, sa fille.

En ce qui concerne les études cinématographiques, à partir de 1947, Étienne Souriau s’intéressa en compagnie de Gilbert Cohen-Séat à une discipline nouvelle intitulée filmologie, participa à la Revue internationale de filmologie, puis à l’Institut de filmologie fondé en 1950 au sein de la Sorbonne. Cet engagement déboucha notamment sur L’Univers filmique (1953) où il signait une nomenclature de nouveaux termes destinés à faciliter la recherche en études cinématographiques ; certaines d’entre eux ont été plus ou moins oubliés — afilmique, créatoriel, filmographique, filmophanique —, mais d’autres ont fait florès — diégèse, écranique, profilmique, spectatoriel — dans le cadre de la sémiologie et de la théorie du cinéma (sous l’impulsion de Christian Metz), puis de la narratologie (Gérard Genette).

On ne peut manquer de constater l’importance pour les disciplines concernées de ce double héritage institutionnel. Étienne Souriau inaugura le travail d’équipe caractéristique de la recherche universitaire moderne, considérant qu’elle relevait non seulement des idées mais d’une pratique théorique nécessairement ancrée dans la société et ses institutions. Son apport personnel n’en fut pas moins conséquent. On le mesure sur trois axes au moins. Outre l’axe présémiotique de la filmologie, d’abord, l’axe ontologique où se distingue la théorie des modes d’être (Les Différents modes de l’existence, 1943) remises à l’ordre du jour par Elizabeth Stengers et Bruno Latour (PUF, 2009 ; cf. Le Sphinx de l’œuvre, PUF, 2009).

Ensuite, l’axe esthétique, avec :

– d’une part, une théorie de l’art comme activité instauratrice qui, outre sa portée philosophique générale (L’Instauration philosophique, 1939), s’inscrit dans la perspective d’une théorie de la création (dont participent Konrad Fiedler, Paul Valéry, René Passeron, etc.) ;

– d’autre part, une contribution à la postérité philosophique du paragone ou, si l’on veut, à la théorie postmoderne de l’intermédialité, comme l’atteste l’une des ses publications les plus connues, La Correspondance des arts(1969).

 

Vendredi après-midi. 14h30
– Dominique Chateau (Université Paris I – Sorbonne) « Etienne Souriau : l’héritage conconceptuel d’un ‘philosophe oublié' »
– Roger Pouivet (Université de Lorraine) « L’ontologie baroque d’Etienne Souriau« 
– Filippo Dominicali (Post-doc Université de Lyon) « La vie comme oeuvre d’art (Sur l’esthétique de l’existence d’Etienne Souriau) »
– Michaël Hayat (Université Paris X) « Onto-esthétique instaurative, multi-réalisme du fantomal et fictions filmiques)
Samedi matin. 9h30
– Richard Conte (Université Paris I – Sorbonne) « La poïétique d’Etienne Souriau« 
– Jean-Michel Durafour (UPEM) « Le film en halo de peinture »
– Aline Wiame (Post-doc Université libre de Bruxelles) « La philosophie de l’instauration d’Etienne Souriau est-elle une esthétique ? »
Samedi après-midi. 14h30
– Marc Cerisuelo (UPEM) « Etienne Souriau et Albert Laffay, diérèse et monde du film »
– Isabelle Rieusset-Lemarié (Université Paris I – Sorbonne) « Incidences heuristiques de l’arabesque dans l’esthétique de Souriau« 
– Fabien Le Tinnier (doctorant, Université de Rennes 2) « Souriau filmologue : historiographie d’une définition ontologique du cinéma »
– Jean-Paul Fourmentraux (Université Aix-Marseille, EHESS) « Art et écologie politique. Le ‘design critique’ du collectif Hehe »

 

Congrès 2015 de la Société Française d’Esthétique

Fondation Lucien Paye Cité internationale universitaire de Paris.

4 et 5 juin 2015

La Société française d’esthétique, en partenariat avec le CRHI de l’Université de Nice, organise un congrès d’esthétique sur le thème « Extension dans le domaine des arts »

Extension du domaine des arts

La période contemporaine connaît une extraordinaire extension du champ de l’art. Il s’est ouvert au passé le plus reculé (art préhistorique), aux lointains (arts premiers), à l’autre (art brut), à de nouvelles pratiques (Graffiti, vidéo…), à l’ordinaire extra artistique (performances et happenings), et même au monde de la science et de la technique (arts technologiques, bio art). En revanche, d’autres pratiques sont tenues à l’écart du cercle de l’art (la gastronomie, l’œnologie, le jardinage…). D’autres s’apprêtent à y entrer (la scénographie). Mais la tapisserie, la mosaïque, l’enluminure, ou l’orfèvrerie, qui, au moyen-âge, étaient des arts d’une plus grande importance que la peinture, sont par la suite devenus des artisanats. Se pose donc la question de l’artification, c’est-à-dire du processus de transformation d’un objet ou d’une pratique non artistique en un objet ou une pratique artistiques (et aussi celle, symétrique, de la désartification). Comment s’opère la requalification de ces objets ? Quels sont ses opérateurs ? Quels changements catégoriels, symboliques mais aussi concrets (institutionnels, économiques, juridiques) s’ensuivent ?

The contemporary period is witnessing an extraordinary expansion in the field of art which has opened itself to the most remote past (prehistoric art), the faraway (primitive art), the other (outsider art), new practices (graffiti, video…), the outstanding extra-artistic practices (performances and happenings) and even the world of science and technique (technological art and bio art). However, other practices are kept outside the sphere of art (gastronomy, oenology, gardening). Others are about to enter that sphere (stage design), but the fields of tapestry-making, illumination and goldsmith’s trade which, in the Middle Ages, were more important forms of art than painting, have now become forms of craftsmanship. And that raises the question of “artification” (R. Shapiro), i.e., the process of transformation of a non-artistic object or practice into an artistic object or practice – and, symmetrically, the question of “desartification”. How does the transformation of these objects’ statuses take place? Who are its deciders? Which changes follow in the category-specific, symbolical but also concrete (institutional, economic, legal) fields?

Congrès 2014 de la Société Française d’Esthétique

SFE
Société française d’esthétique

– Le C.R.H.I
– Le programme ANR « Pouvoirs des arts. Expérience esthétique : émotions, savoirs, comportements » www.pouvoir-des-arts.fr
– La Société française d’esthétique

ont le plaisir de vous inviter au colloque international :

L’Artialisation des émotions

Université des Nice-Sophia Antipolis – UFR LASH – Salle du conseil
98, bd. E. Herriot 06000 Nice

19, 20, 21 mai 2014

Il ne s’agit pas ici de réfléchir sur le fait que l’art peut provoquer des émotions (paradoxe de la fiction), ni sur la transfiguration des émotions en œuvres, ni sur la question de savoir s’il existe quelque chose comme une émotion artistique spécifique, mais sur le rôle des arts dans la construction sociale des émotions. Celles-ci ne sont pas des entités fixes, discrètes et imperméables à la culture. Les mots par lesquels on les désigne (« amour », « jalousie », « ressentiment »…) sont bien plutôt des pôles idéaux qui nous permettent de donner une forme à ces ensembles confus et mouvants de jugements, de sentiments, de réactions viscérales, de tendances à l’action, que nous éprouvons dans telle ou telle circonstance. Le lexique des émotions ordonne, stabilise, donne une consistance à ces micro-événements vécus, et permet de les dire. Mais une émotion ce n’est pas seulement un mot, c’est aussi des exemples paradigmatiques associés à ce mot. L’hypothèse que ce colloque voudrait tester est que certains arts offrant de tels scénarios paradigmatiques, influent sur la manière dont nous ressentons, catégorisons, évaluons telle ou telle émotion, et jouent un rôle dans nos réactions et nos comportements vis-à-vis d’elles. Les choses pourraient se passer ainsi : il y a des brouillons dans la vie quotidienne, ensuite renforcés par des histoires et ainsi supplémentés et affinés par les arts. Les arts concernés sont d’abord ceux de la narration ; non seulement les grandes œuvres de la littérature et du cinéma, mais aussi et peut-être plus encore les arts populaires (au sens des romans populaires du XIXème siècle) et les arts de masse contemporains (blockbusters, séries TV, clips, jeux-vidéo), dont l’impact médiatique est considérablement plus grand que celui des anciens « beaux-arts ». Enfin, il faudra se demander si certains contenus fictionnels et certains types de média n’ont pas inversement pour effet d’altérer, voire d’annihiler les émotions.

Lundi 19 mai

– 10h. Carole TALON HUGON (Pr. Univ. Nice), Introduction
– 10h45. Stefan SNAEVARR (Pr. Univ. Lillehammer, Norvège), « Local disclosure, twisted understanding, poetry and emotions »
– 11h30. Alexandre GEFEN (CNRS-Univ. Paris IV), « Scénarios de la reconnaissance »

– 14h. Agnieszka KOMOROWSKA, (Docteur et enseignant-chercheur, Univ. Mannheim, Allemagne) « La face cachée de la théorie – L’artialisation de la honte dans la théorie des émotions »
– 14h40. Ivan MAGRIN-CHAGNOLLEAU, (artiste chercheur, Sorbonne Paris 1 et CNRS) « L’acteur et les émotions au théâtre et au cinéma »
Pause 15h20-15h40
– 15h40. Hélène CROMBET, (doctorante Univ. Bordeaux) « Quand le sujet prend pour objet l’abject »
– 16h20. Edyta KOCIUBINSKA, (MCF Univ. Catholique de Lublin, Pologne) « Les maîtres de l’impassibilité »

Mardi 20 mai

– 10h. Bernard RIME, (Pr. Université de Louvain à Louvain-la-Neuve, Belgique). « Emotions et partage social des émotions »
– 10h45. Nathalie HEINICH (CNRS-EHESS), « Comment la fiction romanesque modèle l’identité féminine »
– 11h30. Pierre GLAUDES (Pr. Univ. Paris IV-Sorbonne), « Les passions au miroir des arts dans Le Rouge et le Noir »

– 14h. Ewa Izabela NOWAK, (docteur de l’Univ. De Paris I-Sorbonne) « Terre de départ. Création artistique comme le reflet de nos émotions »
– 14h40. Pauline HACHETTE, (Prag univ. Paris 11) « Les mots bleus de la chanson : le « sentimentalisme » est-il une maladie de l’émotion ? »
Pause 15h20-15h40
– 15h40. Biliana FOUILHOUX, (MCF univ. Lille 3) « Emotion et poésie dans l’art chorégraphique contemporain »
– 16h20. Guillaume BAYCHELIER, (doctorant Univ. Paris 1) « Jeux vidéo horrifiques et artialisation des émotions extrêmes »

Mercredi 21 mai

– 10h. Charles RAMOND (Pr. Univ. Paris VIII), « Les sentiments moraux à l’épreuve de l’artialisation. Sentiment d’injustice et chanson populaire »
– 10h45. Jerrold LEVINSON, (Pr. Univ. de Maryland, USA) « Comment l’art rend possible les émotions »
– 11h30. Marc CERISUELO (Pr. Univ. Paris-Est Marne-la-Vallée), « Le cinéma ou l’invention du mariage »

– 14h. Antonino SORCI, « La détente narrative : Mélancolie et catharsis au cinéma »
– 14h40. Alain CHAREYRE-MEJAN, (Pr. Univ. Aix-Marseille) « Sentir les anges prendre corps »
Pause 15h20-15h40
– 15h40. Cong Minh VU, (doctorant Univ. De Caen) « Espoir et crainte dans les films de super-héros contemporains »
– 16h20. Hugo CLEMOT, (docteur de l’Univ . Paris 1) « Penser l’expérience émotionnelle du détachement à l’aide du cinéma populaire »